L’ergologie est une démarche d’analyse du travail née à la fin des années 1980 à l’Université de Provence, à Aix-en-Provence, autour du philosophe Yves Schwartz et d’enseignants-chercheurs de plusieurs disciplines. Elle part d’un constat simple : le travail réellement effectué ne se confond jamais avec le travail prescrit par les procédures. Comprendre cet écart, et ce que les personnes y mettent d’elles-mêmes, est l’objet de l’ergologie. Celui qui la pratique est parfois appelé ergologue, même si ce n’est ni un métier réglementé ni un intitulé de poste courant.
Qu’est-ce que l’ergologie ?
L’ergologie étudie l’activité humaine au travail. Elle s’appuie sur quelques idées qui la distinguent des autres approches :
- Les normes antécédentes : avant que le travail commence, des règles, des consignes, des outils et des savoirs existent déjà. Ils cadrent l’activité sans jamais la décrire entièrement.
- Les renormalisations : face à une situation toujours un peu singulière, chacun réajuste ces normes, comble leurs trous et fait des choix. Ces arbitrages invisibles sont souvent ce qui fait que le travail « marche ».
- Les débats de valeurs : chaque arbitrage engage des valeurs, la qualité, la sécurité, la santé, le temps, le rapport aux autres. L’ergologie cherche à les rendre visibles.
- Le dialogue des savoirs : les savoirs des disciplines (économie, gestion, droit, psychologie, ergonomie) ne suffisent pas à comprendre une situation de travail. Ils doivent dialoguer avec les savoirs d’expérience de ceux qui la vivent.
Ergologie et ergonomie : quelle différence ?
Les deux disciplines partagent l’analyse de l’activité réelle et la distinction entre travail prescrit et travail réel. L’ergonomie vise d’abord la conception et l’adaptation des situations de travail : un poste, un logiciel, une organisation. L’ergologie se veut plus large et plus réflexive. Elle ne se présente pas comme une discipline de plus, mais comme une manière de faire travailler ensemble les savoirs sur le travail, y compris celui des salariés, et elle accorde une place centrale aux valeurs qui orientent les choix de chacun. Elle garde de ses origines un lien fort avec la philosophie.
Ce que fait un ergologue en entreprise
Dans la pratique, la démarche ergologique est surtout portée par des professionnels qui l’ont intégrée à leur métier : managers, responsables des ressources humaines, préventeurs, médecins et inspecteurs du travail, représentants du personnel, consultants. Elle leur sert à :
- analyser une situation de travail avec ceux qui la vivent, plutôt qu’à partir des seules procédures ;
- préparer une réorganisation ou le déploiement d’un nouvel outil en tenant compte de la façon dont le travail se fait vraiment ;
- comprendre l’origine d’un problème de santé au travail, d’une tension dans une équipe ou d’une baisse de qualité ;
- donner du poids aux savoirs d’expérience dans les décisions de l’organisation.
Le management qui s’en inspire est parfois appelé ergomanagement : il part de l’activité réelle des équipes pour conduire les transformations.
L’ergologie face aux métiers du numérique
Les outils numériques multiplient les normes antécédentes : logiciels métiers, tableaux de bord, procédures dématérialisées, indicateurs. Ils laissent pourtant une large part d’arbitrage à ceux qui les utilisent, qui contournent un champ obligatoire, recoupent une donnée douteuse ou improvisent quand l’outil ne prévoit pas le cas rencontré. L’ergologie aide à repérer ces renormalisations avant de décider qu’un projet a échoué ou que les utilisateurs « ne suivent pas la procédure ». C’est la même logique pour le télétravail ou l’arrivée d’outils d’intelligence artificielle : regarder ce que les personnes font réellement avec l’outil avant de redessiner l’organisation.
Se former à l’ergologie
Aix-Marseille Université reste le centre de la discipline en France. Son département d’ergologie a été créé en janvier 1999, et un master d’ergologie y a formé des analystes des situations de travail, sur le campus d’Aix-en-Provence.
Pour les professionnels en poste, la faculté des Arts, Lettres, Langues et Sciences Humaines (ALLSH) propose un diplôme d’études supérieures universitaires, le DESU « Ergologie et ergomanagement : manager le travail ». Pour la session d’octobre 2026 à mai 2027, la plaquette de l’université indique :
- Public : managers, responsables RH, cadres de santé, représentants du personnel, préventeurs, médecins et inspecteurs du travail, travailleurs sociaux, professionnels de santé ;
- Prérequis : une licence, ou une validation des acquis (VAP ou VAE) pour un diplôme inférieur ;
- Volume : 150 heures, à distance le vendredi de 17 h à 19 h et le samedi de 9 h à 12 h, avec certains cours en présentiel possibles à Aix ;
- Contenu : sept modules, des savoirs institués sur le travail à la philosophie du travail, en passant par les outils et méthodes de l’ergologie, l’ergomanagement et la santé au travail ;
- Tarifs : 534 euros en formation initiale, 3 669 euros en formation continue ;
- Candidature : sur la plateforme E-candidat d’Aix-Marseille Université.
L’ergologie n’ouvre pas sur un titre protégé : elle s’ajoute à un métier existant, dont elle change la façon de regarder le travail.
