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Entreprise

Taux de marge moyen dans le BTP par corps de métier

Taux de marge moyen dans le BTP par corps de métier

D’après les comptes 2023 des entreprises publiés par l’Insee, une entreprise de travaux spécialisés garde en moyenne 7,7 % de son chiffre d’affaires en excédent brut d’exploitation (EBE) et 5,0 % en résultat net. Selon le corps de métier, l’EBE va de 6,3 % du chiffre d’affaires en maçonnerie générale à 9,7 % en couverture. Le « taux de marge » de 22,1 % que l’Insee affiche pour ces mêmes entreprises ne se lit pas sur un devis : il rapporte l’EBE à la valeur ajoutée, pas aux sommes facturées.

Quelle marge garde chaque corps de métier ?

Plaquiste lissant un enduit sur une cloison en plaques de plâtre
Plaquiste lissant un enduit sur une cloison en plaques de plâtre

Les chiffres ci-dessous sont calculés à partir du fichier Ésane au niveau sous-classe, qui détaille les comptes 2023 de chaque activité de la nomenclature NAF. Pour chaque métier, l’EBE et le résultat net sont divisés par le chiffre d’affaires hors taxes de l’ensemble des entreprises du secteur, micro-entrepreneurs compris.

Lisez la première valeur comme ce qu’il reste après les achats, la sous-traitance, les salaires et les impôts sur la production. La seconde arrive après les amortissements, les frais financiers et l’impôt sur les bénéfices.

Corps de métier (code NAF)EBE en % du CA (résultat net)
Couverture par éléments (43.91B)9,7 % (net 6,8 %)
Charpente (43.91A)9,4 % (net 6,3 %)
Plomberie, installation d’eau et de gaz (43.22A)9,2 % (net 6,5 %)
Peinture et vitrerie (43.34Z)9,0 % (net 6,6 %)
Plâtrerie (43.31Z)8,5 % (net 6,0 %)
Menuiserie bois et PVC (43.32A)8,0 % (net 5,9 %)
Revêtement des sols et des murs (43.33Z)8,0 % (net 5,4 %)
Menuiserie métallique et serrurerie (43.32B)7,9 % (net 6,1 %)
Terrassement courant (43.12A)7,8 % (net 5,1 %)
Installation électrique (43.21A)7,5 % (net 4,8 %)
Chauffage et climatisation (43.22B)7,4 % (net 4,7 %)
Étanchéité (43.99A)6,9 % (net 4,4 %)
Isolation (43.29A)6,8 % (net 3,7 %)
Maçonnerie générale et gros œuvre (43.99C)6,3 % (net 4,0 %)
Construction de maisons individuelles (41.20A)3,4 % (net 0,5 %)
Ensemble des travaux spécialisés (43)7,7 % (net 5,0 %)

La toiture et la finition en haut du tableau

Les couvreurs, les charpentiers, les plombiers et les peintres gardent entre 9 et 10 % de leur chiffre d’affaires en EBE. Ce sont aussi des métiers de très petites structures : une entreprise de peinture compte en moyenne 1,3 salarié en équivalent temps plein, une entreprise de plomberie et d’installation d’eau 1,4.

Ce point compte pour lire le tableau. Dans une entreprise individuelle, l’artisan ne se verse pas de salaire au sens comptable, donc sa rémunération reste dans l’EBE. Plus un métier compte d’indépendants sans salarié, plus son EBE paraît élevé, sans que l’entreprise soit forcément plus rentable.

Sur 1 000 euros facturés en 2023, un couvreur gardait en moyenne 97 euros d'EBE et 68 euros de résultat net, un maçon 63 euros et 40 euros.

La maçonnerie et les maisons individuelles en bas

La maçonnerie générale, premier métier du secteur avec 87 809 entreprises, ne garde que 6,3 % de son chiffre d’affaires en EBE. La part des achats y pèse plus lourd : la valeur ajoutée ne dépasse pas 31,3 % du chiffre d’affaires, contre 41,0 % en couverture.

Le cas des constructeurs de maisons individuelles est encore plus net. Leur résultat net tombe à 0,5 % du chiffre d’affaires, parce qu’une grande partie des travaux est achetée à des corps d’état qui facturent leur propre marge. Si vous travaillez en sous-traitance pour eux, gardez en tête que leur trésorerie laisse peu de place aux retards de paiement.

Pourquoi l’Insee annonce-t-il 22 % de marge ?

Les ratios de la construction publiés par l’Insee donnent un taux de marge de 22,1 % pour les travaux de construction spécialisés, 21,1 % pour l’électricité et la plomberie, 23,2 % pour la finition. Ces chiffres sont exacts, mais ils ne mesurent pas ce que la plupart des artisans appellent la marge.

Trois ratios qui ne mesurent pas la même chose

Selon la définition du taux de marge en statistique d’entreprise, l’Insee divise l’EBE par la valeur ajoutée. Dans ses ratios de la construction, il retient la valeur ajoutée au coût des facteurs, c’est-à-dire la somme des frais de personnel et de l’EBE.

Ce ratio dit comment la richesse créée se partage entre les salariés et l’entreprise. Il ne dit rien du prix de vente.

Trois mesures circulent donc sous le même mot, et chacune répond à un besoin différent :

  • Le taux de marge Insee (EBE divisé par la valeur ajoutée) : le partage entre salaires et profit, environ 22 % dans le BTP.
  • L’EBE ou le résultat net en % du chiffre d’affaires : ce qui reste réellement sur les sommes facturées, entre 6 et 10 % pour l’EBE selon le métier.
  • Le taux de marge ou de marque d’un devis : l’écart entre le prix de vente et le coût d’achat des fournitures, qui ne couvre pas encore la main-d’œuvre ni les frais généraux. La différence entre taux de marge et taux de marque se calcule à part.

Ce que deviennent 100 euros facturés

Répartition de 100 euros facturés par une entreprise de travaux spécialisés en 2023 : 64,6 euros d'achats, 27,0 euros de frais de personnel, 0,7 euro d'impôts, 7,7 euros d'EBE dont 5,0 euros de résultat net, et calcul du taux de marge Insee de 22,1 %
Répartition de 100 euros facturés par une entreprise de travaux spécialisés en 2023 : 64,6 euros d'achats, 27,0 euros de frais de personnel, 0,7 euro d'impôts, 7,7 euros d'EBE dont 5,0 euros de résultat net, et calcul du taux de marge Insee de 22,1 %

Le schéma ci-dessous suit 100 euros de chiffre d’affaires dans une entreprise moyenne de travaux spécialisés. Les deux pourcentages du bas sont calculés sur les mêmes comptes : seule la base de calcul change.

Environ 64,6 euros partent en achats et services extérieurs (matériaux, sous-traitance, location de matériel, carburant, assurances). Sur les 35,4 euros de valeur ajoutée, 27,0 euros paient les salaires et les cotisations, 0,7 euro les impôts sur la production, et 7,7 euros forment l’EBE. Une fois les amortissements, les intérêts et l’impôt passés, il reste 5,0 euros de résultat net.

Taux de marge Insee : 7,7 / (27,0 + 7,7) = 22,1 %. Part du chiffre d'affaires : 7,7 / 100 = 7,7 %. Mêmes comptes, base différente.

Comment comparer vos comptes à ceux de votre métier ?

Une moyenne de secteur vous sert surtout à repérer un écart qui mérite une explication. Prenez vos chiffres du dernier exercice clos et comparez-les à la bonne ligne du tableau.

Les deux lignes à relever dans vos comptes

L’EBE figure dans les soldes intermédiaires de gestion que votre expert-comptable joint au bilan. À défaut, vous le reconstituez : valeur ajoutée, plus subventions d’exploitation, moins impôts et taxes, moins charges de personnel. Le résultat net est la dernière ligne du compte de résultat.

En micro-entreprise, aucun EBE n’est calculé. Retirez de votre chiffre d’affaires vos achats et vos frais réels de l’année pour obtenir un ordre de grandeur, puis saisissez-le dans l’outil.

Votre marge face à celle de votre métierMoyennes Insee Ésane 2023, en % du chiffre d'affaires

En entreprise individuelle, votre propre rémunération n'est pas une charge : elle se trouve dans l'EBE et le résultat. Une société qui vous verse un salaire affiche donc des ratios plus bas à rentabilité égale.

Les écarts qui ne veulent rien dire

Avant de conclure que votre entreprise est trop peu rentable, vérifiez trois points :

  • Votre statut : en société, la rémunération du gérant est une charge et fait baisser l’EBE ; en entreprise individuelle, elle reste dedans.
  • Votre part de fournitures : plus vous revendez de matériel, plus votre chiffre d’affaires grossit pour la même heure de travail, et plus votre pourcentage baisse sans que vous gagniez moins.
  • Une année exceptionnelle : un gros chantier ou un achat de véhicule déforme un seul exercice ; comparez plutôt deux ou trois années.

Du taux moyen au coefficient de votre devis

Artisan chiffrant un devis avec une calculatrice et des plans
Artisan chiffrant un devis avec une calculatrice et des plans

Connaître la marge moyenne de votre métier ne vous donne pas votre prix de vente. Celui-ci se construit chantier par chantier, à partir de vos coûts réels.

Un coefficient de 1,3 ne laisse pas 30 % de bénéfice

Prenons un devis dont le déboursé sec (main-d’œuvre, matériaux, matériel) s’élève à 10 000 euros HT, vendu avec un coefficient de 1,3. Le prix de vente atteint 13 000 euros et l’écart de 3 000 euros représente 23,1 % du prix, pas 30 %. Si vos frais généraux absorbent 18 % du prix de vente, soit 2 340 euros, il vous reste 660 euros avant impôt, soit 5,1 % du prix : un peu sous le résultat courant moyen des travaux spécialisés, 5,9 % avant impôt.

Pour poser ces coefficients proprement, reprenez la méthode pour calculer la marge d’un chantier, puis vérifiez que votre prix horaire couvre bien vos charges en partant de la page pour calculer votre taux horaire d’artisan.

Sous-traitant ou entreprise générale, la moyenne change

Les entreprises générales de bâtiment ne transforment que 23,7 % de leur chiffre d’affaires en valeur ajoutée, contre 35,4 % pour les travaux spécialisés. La différence vient des travaux qu’elles achètent à d’autres entreprises : la sous-traitance entre dans leurs achats, puis dans le chiffre d’affaires du sous-traitant.

Si vous travaillez surtout en sous-traitance, comparez-vous à la ligne de votre métier et non à celle du bâtiment en général. Votre donneur d’ordre, lui, raisonne sur une marge de 4,2 % d’EBE en moyenne pour la construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels : chaque point que vous négociez se prend sur une marge déjà étroite.